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Le patrimoine Quévenois est à l’image de son histoire et de ses traditions. Paroisse puis commune avant tout rurale, sa situation géographique et sa proximité avec Lorient expliquent également sa vocation maritime. Plus tard, Quéven où l’activité agricole est décidément bien implantée jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, s’ouvre par le biais de la révolution des transports et la Révolution industrielle aux nouvelles activités. Durant la Seconde Guerre Mondiale, la commune, toujours du fait de sa proximité avec Lorient, est incluse au sein du dispositif stratégique de l’occupant. Après d’âpres combats, la commune est enfin libérée au prix d’une destruction massive (de l’ordre de 85%) ; Quéven amorce alors sa reconstruction et redécouvre aujourd’hui son passé et son histoire. |
Manoir de Kerlébert |
Les premières traces de l’occupation humaine remontent au Néolithique, période caractérisée par les débuts de la sédentarisation, de l’agriculture et de l’élevage. Le patrimoine archéologique est essentiellement funéraire et se manifeste par les monuments mégalithiques :
Les deux chambres de ce cairn furent fouillées en 1904 par le Commandant Le Pontois épaulé par la population locale et quelques amis. Les fouilles permirent de confirmer la vocation du site : ossements, silex, haches polies et poteries furent mis à jour. Mais ces travaux firent disparaître le tertre qui recouvrait l’ensemble (aujourd’hui restauré).
Baptisé " le trou des chouans ", le site fut réutilisé durant l’épisode révolutionnaire. Il le fut en tout cas à l’époque suivant le Néolithique à l’âge de Bronze. Vers le milieu du XIXe siècle, on découvrit non loin de là, sous un énorme bloc rocheux une sépulture de cette époque.
Ces trois monuments sont les seuls rescapés d’un ensemble autrefois plus riche. Disparition pure et simple des dolmens de Kerloës, Kerdual et Mané Guen (il reste pour ce dernier trois dalles dont une surmontée d’une croix), liée au remembrement et à la Seconde Guerre Mondiale ainsi qu’au développement de carrières.
Mais Quéven conserve d’autres richesses montrant les différentes strates d’occupation du territoire.
Les photographies aériennes de même que les stèles funéraires gauloises démontrent que le secteur fut occupé par les Celtes et naturellement par les Romains. Le Moyen-Age est également représenté par de nombreuses croix de chemin et par une maison forte particulièrement bien conservée datant du XIII-XIVe siècles.
Les fermes, puits, fontaines, maisons individuelles et manoir couvrent un période s’étalant de la fin du XVe siècle aux années 1930. La majorité des constructions datent du XIXe siècle, époque où la commune voit sa population s’agrandir.
Le village de Kerlaran abrite une maison dont le linteau porte cette date en inscription gothique. On continue de s’interroger sur la pertinence de cette date. Le plan montre plusieurs remaniements ; à l’origine, la pièce liée au logement se situe à l’étage ce qui constitue une preuve indéniable de l’aisance du premier propriétaire. Cette situation à l’étage introduit une hiérarchie sociale. La bâtisse offre des portes à accolade, des fenêtres à meneaux, de curieuses inscriptions. Un second bâtiment contigu date du XVIIIe siècle.
Non loin du Scorff et de la chapelle de Notre-Dame de Bon Secours, le village possède une superbe maison datant du XVIe siècle. Son plan suscite des interrogations : s'agit-il d'un manoir ou d'un bâtiment à fonction hospitalière ? Les archives et la présence d'une bouche à feu (destinée à recevoir le canon d’une arme à feu) nous suggèrent que cette maison devait être un manoir.
A proximité du parc de Kerzec, cette habitation datant du XVIIe siècle, se compose d’un logis en rez-de-chaussée uniquement, d'une porte unique et d'une ouverture unique. Il ne faut pas oublier en effet que le bois de chauffage était encore un luxe et qu’il fallait donc faire des économies d’énergie, et enfin, que l’on payait un impôt sur le nombre d’ouvertures.
Construite au XVIe siècle par une famille noble dont on peut voir encore le blason, elle abrita successivement plusieurs hommes influents en la paroisse et en la commune : nobles, hommes du clergé, premier maire de Quéven et autres dignitaires… La tradition orale rapporte que Brizeux y séjourna, accueilli par la famille Le Brazh. Le poète écrivit d’ailleurs une élégie en l’honneur d’un des représentants de la famille où il décrit les rives du Scorff, les coteaux environnants et la commune.
Chaque village dispose au minimum d’un puits dont un modèle semble récurrent, on ne compte que quelques exceptions : l’un est surmonté de petits boulets (les boulets représentent le nombre de famille qui se servent du puit), le deuxième présente masque et Golgotha, le troisième offre une base rappelant l’architecture du Moyen-Age…
La commune compte un nombre important de fontaines et de lavoirs. Ils datent pour la plupart du XIXe siècle, époque qui scelle le début d’une véritable politique en matière d’hygiène et dans les m½urs.
En bordure de Scorff, on trouve deux poudrières datées du dernier quart du XIXe siècle. Construites pour servir d’annexes à celle de Tréfaven (ancien château du XIIIe siècle et reconverti en poudrière par l’armée française), elles offrent en dépit des remaniements de l’occupant allemand des motifs multiples et nombreux. A ces poudrières s’ajoutent les maisons de gardiens…
Les blockhaus offrent un intérêt particulier. La batterie de Moustoir Flamm avec ses encuvements de 105 mm permirent aux Allemands de stopper l’avancée des troupes américaines et FFI. Ailleurs, à Kergavalan, une seconde structure présente une fresque comportant en plus des objectifs de tir (mairie, église et maison du maire de l’époque) leurs degrés exacts.
La paroisse de Quéven est à l’origine constituée de deux entités à savoir la paroisse de Bihoué et de Quéven, rattachée probablement à la fin du XVe siècle. L’une et l’autre sont mentionnées respectivement en 1380 et 1382. Dans tous les cas, on peut supposer qu’il existait pour chacune une église. Dans le cas de l’église paroissiale, placée sous les patronages de saint Pierre et saint Paul, les premières traces ne remontent qu’en 1676, époque à laquelle elle fut agrandie. Au XIXe siècle, l’église connaît de multiples restaurations ayant son clocher tantôt à l’Est tantôt à l’Ouest… Lors de la Seconde Guerre Mondiale, elle fut bombardée et le clocher dynamité. Elle sera reconstruite selon les plans de l’architecte Caubert de Cléry. Le calvaire de l’ancien cimetière qui jouxte l’édifice est daté du XVIIe siècle et semble être l’½uvre de Roland Doré (originaire du Finistère) à qui l’on doit de magnifiques enclos et calvaires du Trégor et de Cornouailles…
Son mobilier se compose de nombreuses statues dont ne retiendra qu’une sainte Anne Trinitaire de la deuxième moitié du XVe siècle, d’une Vierge à l’Enfant du XVIIIe et de bénitiers du XVIIe siècles. L’orfèvrerie est autrement plus riche et se compose de calices et patène allant du XVIIe au XIXe siècles.
Aujourd’hui, elle conserve en outre une riche collection de statues provenant d’une ancienne chapelle quévenoise…
Datée du XVIe (1578), la chapelle offre un plan rectangulaire et atteint 16 mètres sur 8. Elle a été restaurée aux XVIIIe, XIXe et en 1978. Elle abrite une clôture de ch½ur (inscrite) et un autel du XVIIIe siècle. Elle présente également une statue de Notre-Dame de la Rosée (Vierge à l’Enfant) du XVIe siècle, une statue représentant probablement saint Nicodème (XVIIIe siècle) et plusieurs autres statues du siècle suivant : saint Isidore, sainte Barbe et saint Joachim.
On trouve aux abords de la chapelle une fontaine dédiée à Notre-Dame de la Rosée portant l’inscription 1898 (époque où elle fut restaurée), une croix sur tertre du début XXe siècle et plus loin une autre fontaine dédiée à saint Nicodème.
Placée sous la dépendance de la seigneurie locale de Kerrousseau, la chapelle, reconstruite dans les années 1950, conserve un mobilier datant essentiellement du XIXe siècle : un ex-voto marin (tableau) daté de 1830 et réalisé par Cosson-fils de Vannes. On peut y voir la Vierge secourant des marins en plein naufrage dans une mer déchaînée. Inscrite, l’½uvre confirme la vocation maritime de Quéven. La chapelle est également ornée de statues représentant L’éducation de la Vierge, La Vierge à l’Enfant et Saint Jean-Baptiste.
L’édifice bâti au XVIe siècle, de style gothique avant sa destruction, comportait de nombreuses ½uvres dont certaines nous sont parvenues malgré les aléas de l’histoire. La richesse et le nombre des statuts s'explique par la fait que la chapelle était placée sous le contrôle d'une abbaye royale.
Deux hommes sont à l’origine du sauvetage de ce mobilier : Pierre Thomas-Lacroix (conservateur des antiquités et des objets d’art) et René Guillaume (architecte des monuments historiques) qui décidèrent judicieusement de déplacer le mobilier en des lieux plus sûrs en septembre 1942. La chapelle est en effet située non loin de la base militaire et aérienne de Lann Bihoué.
Suite à la destruction de celle-ci, les ½uvres sauvées sont conservées à Vannes et ne réintègrent Quéven que 60 ans plus tard.Cette histoire a fait l’objet d’une exposition intitulée " A la recherche des ½uvres perdues " organisée par les services du Patrimoine du Conseil Général à l’origine de la restitution. La commune s’enorgueillit désormais de compter au titre de son patrimoine plusieurs groupes tantôt en bois polychrome tantôt en calcaire.
Ce patrimoine recouvre aussi bien le religieux que le non religieux : manoirs, château, fontaines et chapelles. Il faut se plonger au c½ur d’archives parfois rares pour retrouver quelques descriptifs et plus rarement quelques photographies.
Parmi les éléments les plus insignes, citons le château de Kerrousseau qui apparaît sur les photographies comme étant du XVIIIe siècle et dont l’architecture reprend le plan de l’Hôtel des Ventes Gabriel situé dans l’ancienne enceinte de la Compagnie des Indes. Le château détruit à la fin de la Seconde Guerre Mondiale était le siège de la seigneurie la plus influente de la paroisse.
Ailleurs, on regrette la disparition de la chapelle de saint Eloi (datée du XVIe siècle), de Bihoué ou encore de saint André…
Autant de disparitions qui poussent Quéven à la recherche de son passé, de ses traditions, bref de son histoire.